Hooked
Le Flux Laboratory accueille du 23 janvier au 3 février les deux artistes chorégraphes-danseuses Anne-Charlotte Hubert et Audrey Dionis qui travailleront sur leur projet de création Hooked.
Une sortie de résidence est prévue le vendredi 3 février à 19h00 au Flux Laboratory, 5 rue de la Muse, 1205 Genève.
Loin de l’idée d’un espace vide à conquérir, Hooked propose l’ouverture d’un dialogue avec un lieu.
Le corps dans l’espace est traversé par une multitude d’informations et jouit de sa capacité exaltante de faire des choix.
Cette performance s’inscrit dans un réel désir de revenir aux récits sensibles inhérents aux corps, aux espaces et aux temps que nous traversons, individuellement ou ensemble.
Vivant dans un monde saccagé par la consommation de masse et la frénésie, Hooked tente de révéler la beauté du corps vulnérable, du corps cherchant, dans un espace qu’il partage, qu’il façonne et le bouleverse sans cesse.
Ouverture d’un dialogue
Les corps des danseuses se déploient dans l’espace en sachant qu’ils font partie de celui-ci. Ainsi, ils ne sont pas amenés à "faire quelque chose avec" mais plutôt à le sentir. L’espace n’est pas un concept, mais bien quelque chose de concret, réel et une source de composition infinie.
L’espace est ici considéré comme un partenaire. Il est le contexte donnant lieu à l’expérience. Il est le liant entre le corps des deux artistes et ceux des spectateurs. Il est cette peau invisible avec laquelle nous interagissons sans cesse.
Un lieu est riche en témoignages. L’enjeu de Hooked est de révéler ces récits à travers le geste. Les danseuses sont à la fois à l’écoute des vibrations et des expériences de ce lieu tout en sachant qu’elles en génèrent de nouvelles. Ainsi, elles naviguent entre la transmission et la création façonnant leur corps d’une présence particulière.
A la fois deux entités singulières et complémentaires, les corps sont tantôt individuels et tantôt inter-dépendants.
En naviguant entre ces deux notions, les danseuses sont amenées à plonger dans une écoute et une conscience réciproque donnant naissance à une tension constante. Grâce à cela, elles permettent l’ouverture d’un vocabulaire commun donnant aux spectateurs un accès direct et profond à l’expérience.
La contemplation
Dans un monde en quête de corps forts et conquérants, de consommation de masse et de frénésie générale, Hooked ouvre la fenêtre sur nos récits sensibles et nos vulnérabilités.
Ainsi, les danseuses proposent une ode au ralenti afin d’apprécier les détails et les subtilités qui parfois nous traversent ou nous entourent.
La contemplation est un état de présence permettant d’être absorbé par l’observation attentive. Ainsi, les deux danseuses se laissent transporter par leurs paysages intérieurs, ceux qu’elles créent ensemble, le contexte dans lequel elles évoluent ainsi que les énergies et les individus présents. Tout est matière à composer : les sens s’exaltent.
L’expérience immédiate
Chorégraphié de manière instantanée, le mouvement est libéré de toute forme esthétique et est en lien total et immédiat avec les sensations et l’imaginaire des artistes.
Le corps ainsi plongé dans un véritable processus de recherche, entre dans un état de conscience le rendant complètement disponible à ce qui est en train de se produire. Il jouit de cette capacité exaltante qu’il a de faire des choix, et d’être libre de les faire.
Ainsi débridées de tout enjeu prédéfini, les danseuses naviguent dans cet état de liberté rare leur permettant d’être tout à fait incarnées dans leur corps et dans leurs présences.
Le silence
Hooked s’articule sans musique.
Ce choix délibéré souhaite révéler l’existence des rythmes et des sons dégagés par les corps en mouvement.
Le silence n’est pas une absence de son, il est la matière avec laquelle les artistes interagissent. Avec le corps et la voix, les danseuses composent elles même le tissu sonore en lien direct avec l’expérience immédiate.
La mise en tension
Comme le dit le philosophe François Jullien, « L’écart (...) met en tension, donc permet un travail réciproque (...). Il met en oeuvre un travail heuristique plutôt qu’une logique de connaissance. »
C’est dans cette envie de rencontre que Hooked se déploie : grâce à la mise en tension de l’espace et des corps, de l’improvisation et de la composition, du connu et de la découverte.
Ces mises en tension amènent les deux artistes à un état de conscience et d’écoute maximale permettant d’appréhender les diversités comme la mise au point d’un nouveau langage.



