Fuir les saumons

Fuir les saumons



Performance - Jeu de l’amour et des poissons - Dégustation d’anchois 
Mercredi 7 mai 2023, 20h30
Flux Laboratory Athens
Geronta 12, 10560 Plaka


L’industrie de pêche de masse, les supermarchés, l’attrait pour les sushis, les «toasts», les bagels : ces habitudes alimentaires qui nous poussent à manger certains types de poissons plutôt que d’autres, comme le saumon. 
Nous acceptons ainsi certaines formes de toxicité́ dans notre relation à notre propre corps, souvent ancrassé, au point de ne plus réussir à se défaire de certaines traces. 
Perfide, avec sa peau douce et fluide, le saumon vient réveiller des blessures, en pansant, avec sa chair tendre et fondante, une couche superficielle qui lui permet de se fondre dans l’intérieur des corps. 
Fuir les Saumons est une performance et une recherche qui tente de prendre soin.
Il s’agit d’une analogie entre notre capacité à assimiler certaines traces ichtyennes (qui vient des poissons, ιχθύς en grec ancien) et à renouveler nos comportements relationnels. C’est aussi une analogie pour redécrire nos attachements et les écologies de nos vies amoureuses. 
Dans les eaux de son espace émotionnel, Mathilde Rouiller a nagé qu’avec des saumons pendant très longtemps. En Méditerranée, elle réalise depuis mai dernier une expérience curative autour des poissons qu’on y mange, en étudiant plusieurs poissons comme les anchois (σαρδέλα) ou les sardines (γαύρος). 
Dans ses paysages et ses subtilités culturelles, la méditerranée agit comme un lieu d’accueil et de partage pour cette recherche et création. 
Au travers de ce travail performatif, Mathilde Rouiller fait dialoguer son expérience avec les cultures méditerranéennes liées aux poissons et à la mer, aux modes de consommations de ces territoires, pour ainsi mieux comprendre comment ces regards et ces métaphores tissent des rapports aux toxicités de nos vies amoureuses. 

Les gestes qu’on y trouve sont autant d’éléments curatifs que l’on peut porter aux blessures, comme des processus de guérison qu’ils peuvent soutenir. 
La recherche et la création s’est déroulée en plusieurs étapes.
Dans un premier lieu, en tissant les liens qui pourraient exister entre une enquête anthropologique autour de la production ichytienne à ceux d’une recherche chorégraphique autour de la digestion (celui d’un chagrin d’amour ou d’un repas). Cette première phrase se déroule en Grèce, grâce au soutien du Flux Laboratory Athens. 
Enfin, le travail de vidéo-danse se déploie sur plusieurs tableaux, actant comme une scénographie à différentes échelles de cette performance-rituelle mise en scène à partir de l’enquête. Cette action en plusieurs temps, entre « preactment » et « re-enactment », s’appuie sur des territoires méditerranéens en mer Égée et ligurienne, mers avec lesquelles Mathilde Rouiller partage des expériences, des traces et des vécus. 

Credits
Mise en scène et interprétation : Mathilde Rouiller
Direction Artistique de la vidéo : Mathilde Rouiller en collaboration avec Parissis Panos pour la direction de la photographie et le montage
Production : The Textured Form, secondé par Elissa Kollyris
Costumes : Resi Bender
Illustration du jeu des poissons et de l’amour : Amélie Bigard
Assistant : Konstantinos Mouchtaridis
Avec la participation de : Kyveli Zoi et les voix multiples du jeu des poissons et de l’amour 
Avec la contribution de Daphnis and Chloe
Fuir les saumons est issu d'une recherche et d'une investigation réalisée en résidence avec le soutien du Flux Laboratory et de Alkinois.

    

Mathilde Rouiller (Paris, 1993)
Artiste-chercheuse et curatrice 
Directrice artistique de The Textured Form 
Membre du bureau de Contemporaines 

Danseuse et chercheuse en performance, Mathilde Rouiller suit divers workshops auprès de chorégraphes de renommée internationale, comme Ohad Naharin (Batsheva Dance company/Gaga Movement), Loïc Touzé ou encore Nina Dipla (Pina Bausch/Laban). 
En parallèle de ce parcours artistique, elle est diplômée de l'EHESS en histoire de la danse avec une mention spéciale en gender, post-colonial et performance studies qu'elle découvre à Columbia University à New-York (USA). 
De 2017 à 2020, elle assiste la direction artistique et la création de divers plasticiens lumière pour qui elle développe des concepts artistiques aux échelles diverses, mêlant scénographies, mises en scènes chorégraphiques, ou installations immersives. Parallèlement, elle scénographie et curate diverses programmations et expositions, et collabore avec plusieurs artistes plasticiens. Depuis 2019, elle est membre de l'Association Contemporaines. 
En 2020-2021, elle participe au programme d'expérimentation en arts politiques de Bruno Latour où elle expérimente diverses formes de pratiques collectives.
A partir d'une enquête au Palais de Tokyo, elle présente une performance/installation collective liant institution culturelle et restauration. 
Elle a également mené́ une enquête de plusieurs mois à l'hôpital Bichat où elle a exploré, en collaboration avec une violoniste et une scénariste, la question des corps des patients, de leurs relations aux autres vivants de l'hôpital, et plus largement de la liminalité́ des corps. 
Elle écrit, chorégraphie et interprète actuellement sa première performance, Fuir les Saumons, avec le soutien de Flux Laboratory Athens et Artagon (Paris). 
Sa compagnie et studio de création The Textured Form co-produit également ses créations. 
“Mon travail s’articule principalement autour de la notion de paysages, que ceux-ci soient corporels, écologiques ou culinaires. Je m’intéresse principalement aux mouvements, et à leurs relations aux éléments abiotiques tels que
la lumière, les pierres, ou les liquidités. Mes projets peuvent prendre la forme de curations, installations scénographiées, ou performances.”